OpenTofu vs Terraform en 2026 : la guerre de l'Infrastructure as Code est-elle terminée ?

OpenTofu vs Terraform en 2026 : la guerre de l'Infrastructure as Code est-elle terminée ?

Il y a deux ans, HashiCorp changeait la licence de Terraform de MPL 2.0 vers BSL 1.1, provoquant un séisme dans l'écosystème DevOps. Aujourd'hui, OpenTofu approche les 10 millions de téléchargements et atteint la parité de déploiement avec Terraform chez certains fournisseurs cloud. L'acquisition de HashiCorp par IBM pour 6,4 milliards de dollars, finalisée en février 2025, ajoute une couche d'incertitude stratégique. Où en est-on réellement en février 2026 ?

Le contexte : pourquoi deux outils pour le même job

Pour comprendre la situation actuelle, un rapide retour en arrière s'impose.

Août 2023 : HashiCorp passe Terraform sous licence BSL 1.1. Le code reste lisible, mais il est désormais interdit de proposer Terraform comme service managé sans accord commercial. Les fournisseurs de plateformes IaC (Spacelift, env0, Scalr) voient leur modèle menacé.

Septembre 2023 : La Linux Foundation annonce le fork OpenTofu, soutenu par 140+ sponsors corporate et 18 ingénieurs à temps plein engagés pour 5 ans.

Février 2025 : IBM finalise l'acquisition de HashiCorp pour 6,4 milliards de dollars. Terraform rejoint le portefeuille IBM aux côtés d'Ansible et Cloudability.

Février 2026 : OpenTofu v1.12, Terraform v1.6+, et une communauté divisée entre pragmatisme et principes.

Comparatif technique : les différences concrètes

OpenTofu et Terraform partagent le même langage HCL et sont 100% compatibles au niveau du code pour les versions antérieures à Terraform 1.6. Les divergences portent sur les fonctionnalités ajoutées depuis le fork.

Ce qu'OpenTofu a et que Terraform n'a pas

Chiffrement natif des fichiers state (v1.7+). C'est l'avantage le plus significatif. Les fichiers state contiennent souvent des données sensibles (mots de passe, tokens, clés d'API). OpenTofu les chiffre en AES-GCM avec support de AWS KMS, GCP KMS, Azure Key Vault et OpenBao (fork open-source de Vault).

terraform {
  encryption {
    key_provider "aws_kms" "main" {
      kms_key_id = "arn:aws:kms:eu-west-1:123456:key/abcd-1234"
      region     = "eu-west-1"
    }
    method "aes_gcm" "enc" {
      keys = key_provider.aws_kms.main
    }
    state {
      method = method.aes_gcm.enc
    }
    plan {
      method = method.aes_gcm.enc
    }
  }
}

Terraform ne propose rien d'équivalent. Pour chiffrer un state Terraform, il faut s'appuyer sur le chiffrement au repos du backend (S3, Azure Blob), ce qui ne protège pas les fichiers locaux ni les plans.

Évaluation anticipée des variables (v1.8+). OpenTofu permet d'utiliser des variables dans les blocs backend et module source, ce qui était une limitation historique de Terraform.

Provider mocking (v1.8+). Possibilité de mocker les providers dans les tests, sans appeler les APIs réelles. Idéal pour les tests unitaires d'infrastructure.

Ce que Terraform a et qu'OpenTofu n'a pas

Deferred actions (expérimental). Permet de planifier des actions qui dépendent de valeurs pas encore connues au moment du plan. Utile pour les workflows complexes avec dépendances circulaires.

Support enterprise IBM. Accès au support commercial, intégration native avec Ansible, Cloudability (FinOps) et l'écosystème IBM Cloud.

Comparatif synthétique

| Fonctionnalité | OpenTofu | Terraform |
|---------------|----------|-----------|
| Chiffrement state natif | AES-GCM + KMS | Non |
| Évaluation anticipée variables | Oui (v1.8+) | Non |
| Provider mocking | Oui (v1.8+) | Non |
| Extension .tofu | Oui | Non applicable |
| Deferred actions | Non | Oui (expérimental) |
| Providers disponibles | 3 900+ | 3 000+ |
| Modules registry | 23 600+ | Extensif |
| Support enterprise | Communauté | IBM/HashiCorp |
| Licence | MPL 2.0 | BSL 1.1 |

Performances : un écart négligeable

Les benchmarks sur un environnement de 500+ ressources multi-cloud montrent des performances quasi identiques :

| Métrique | Terraform | OpenTofu |
|----------|-----------|----------|
| Temps d'exécution (500 ressources) | 125 secondes | 132 secondes |
| Efficacité ressources | 7.8/10 | 7.5/10 |
| Scalabilité max | 450 ressources | 440 ressources |

L'écart de 5.6% est négligeable dans la pratique. Le choix entre les deux outils ne se fait pas sur les performances.

Adoption : les chiffres de février 2026

Les métriques racontent une histoire claire : OpenTofu a rattrapé Terraform sur le terrain des déploiements actifs.

Terraform reste le leader en parts de marché globales avec 32.8% et 25 000+ clients entreprise. L'inertie joue en sa faveur : des milliers d'équipes utilisent Terraform depuis des années.

OpenTofu affiche une croissance explosive :
- 27 924 stars GitHub (le manifeste atteint 35 900)
- 9,8 millions de téléchargements
- 1,8 million de requêtes quotidiennes sur le registry
- 300% de croissance annuelle (données Scalr)
- 50% des déploiements chez Spacelift

Le cas Fidelity est parlant : la société financière a migré 50 000+ fichiers state, couvrant 2 000+ applications et 4 millions de ressources. Leur retour d'expérience : "la migration est organisationnelle, pas technique".

L'impact IBM : le joker stratégique

L'acquisition de HashiCorp par IBM pour 6,4 milliards de dollars est le facteur d'incertitude majeur de 2026.

Les opportunités : IBM intègre Terraform avec Ansible (automatisation), Cloudability (FinOps) et son écosystème multi-cloud. Pour les entreprises déjà dans l'écosystème IBM, c'est une consolidation logique.

Les risques : IBM est désormais le décisionnaire sur la direction de Terraform. Aucun changement de licence n'a été annoncé, mais la possibilité d'intégrations IBM-only ou de restrictions supplémentaires inquiète les équipes qui ne veulent pas de vendor lock-in.

Pour les entreprises risk-averse, cette incertitude suffit à justifier une évaluation d'OpenTofu, ne serait-ce que comme plan B.

Migration : plus simple qu'il n'y paraît

Migrer de Terraform vers OpenTofu est techniquement trivial pour les utilisateurs de Terraform 1.5.x :

# 1. Vérifier l'état actuel
terraform init
terraform plan  # Aucun drift

# 2. Initialiser avec OpenTofu
tofu init -upgrade

# 3. Vérifier la compatibilité
tofu plan  # Doit être identique

Pas de modification de code HCL. Pas de conversion de state. Les backends (S3, Azure Storage, Consul) fonctionnent à l'identique. La migration est réversible à tout moment.

Pour les versions post-1.5.x, un test en environnement de staging est recommandé pour valider la compatibilité du format de state.

Comment choisir en 2026

Choisir OpenTofu si :
- Le chiffrement natif des fichiers state est un impératif sécurité
- L'engagement open-source est un critère de sélection
- Le risque de vendor lock-in IBM est une préoccupation
- Vous êtes fournisseur de services IaC (la BSL vous bloque)

Rester sur Terraform si :
- Vous êtes dans l'écosystème IBM (Ansible, Cloudability)
- Le support enterprise commercial est indispensable
- L'inertie organisationnelle rend la migration non prioritaire
- Les deferred actions sont nécessaires à votre workflow

La réalité pragmatique : pour la majorité des équipes, les deux outils font exactement le même travail. Le code HCL est identique, les providers sont interopérables, les performances sont équivalentes. Le choix se résume à une question de gouvernance et de licence, pas de capacité technique.

2026 marque un point d'inflexion. OpenTofu a prouvé sa viabilité en production à grande échelle. Terraform conserve sa base installée et l'appui d'IBM. La guerre de l'Infrastructure as Code n'est pas terminée, mais elle a changé de nature : ce n'est plus une question de fonctionnalités, c'est une question de confiance.